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Le blogue des parents francophones
lundi 17 juin 2013
Par Marie-Claude Laroche, enseignante au secondaire et Richard Vaillancourt, directeur du développement de la petite enfance à la CNPF
Partout au Canada, les communautés francophones en milieu minoritaire tentent de trouver LA SOLUTION permettant d’augmenter le nombre de jeunes dans les écoles françaises. L’ingéniosité de nos moyens est rudement mise à l’épreuve. On s’organise, on essaie, on se questionne, on évalue, on recommence, tout ça dans l’espoir que ça fonctionne. Règle générale, les nombres sont croissants dans nos écoles mais l’écart entre la situation actuelle et le potentiel nous incite à retourner à la table de travail pour envisager d’autres plans. C’est ce potentiel qui nous échappe qui nous motive à sans cesse continuer.
De plus en plus, on réalise l’importance de commencer tôt à sensibiliser les parents. On se rend compte que nos actions pourraient avoir une plus grande portée si nous étions là pour parler aux couples francophones et exogames dès la naissance de l’enfant. Certes qu’il est important de sensibiliser le parent francophone à son droit de pouvoir éduquer son enfant dans sa langue première partout au Canada; droit conféré par l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés. Mais outre la question du droit, on doit se préoccuper surtout du choix que fera le parent d’exercer ou non ce droit. Pour le parent, la notion de droit peut paraître très abstraite, trop souvent incomprise et reléguée au second rang. Aux yeux du parent, ce qui importe c’est le bien-être de son enfant. Pour prendre une décision éclairée, il doit avoir toutes les informations en main. C’est là que se trouve le défi.
Bon nombre de raisons, d’expériences et de vécus poussent le parent à faireou non le choix de l’éducation française pour l’enfant. On s’entend toutefois que si on veut avoir un impact auprès des parents, si on veut les convaincre des retombées pour l’enfant de l’éducation française sur le plan de la langue, de l’identité et de la culture, il faut que ça commence d’abord à la maison. Vivre en français est plus qu’un choix purement scolaire, on doit pouvoir le vivre dans tous les aspects de notre vie et ce, à différents degrés selon la composition de la famille. Le milieu scolaire devient alors l’extension du foyer.
Mais que se passe-t-il de 0 à 5 ans? Et si tout avait été décidé dans la tête des parents avant même l’entrée à l’école. Comment ferait-on alors pour les intégrer à la communauté francophone? Comment ferait-on pour les identifier afin de pouvoir leur parler? Comment ferait-on pour préparer l’enfant à son entrée à l’école française? On réalise maintenant l’importance d’investir dans les services à la petite enfance et à la famille. La recherche est claire, les enfants ont une plus grande capacité d’apprentissage avant l’âge de 3 ans. Il faut bénéficier de cette période en assurant toute la gamme de services en français de la naissance jusqu’à l’entrée à l’école. Ces services favoriseront le développement de l’enfant et seront la porte d’entrée pour les familles à la communauté francophone.
Évidemment, nous pouvons certainement avoir un impact déterminant auprès des parents dans les premières années de la vie de l’enfant, mais poussons davantage la réflexion; que se passe-t-il avant même la naissance de l’enfant? Pourrions-nous avoir un impact encore plus significatif auprès des parents avant même l’arrivée du nouveau-né? Si oui, comment le faire? Comment identifier ces futurs parents? Comment les rejoindre le plus tôt possible?
Est-ce que l’une des clés serait aussi notre capacité à pouvoir parler d’abord à nos jeunes adultes, ces jeunes du secondaire qui deviendront les parents de demain? Ces jeunes que nous côtoyons quotidiennement dans nos écoles de langue française.
Nos écoles secondaires sont remplies de futurs parents qui auront aussi, à leur tour un jour, des choix à faire pour leur enfant. Est-ce que l’on a tendance à prendre pour acquis que puisqu’ils fréquentent actuellement l’école française, ces jeunes choisiront à leur tour l’éducation française pour leur enfant?
Il faut profiter de cette occasion que nous avons de parler avec nos jeunes. Nous avons certainement une responsabilité de les faire réfléchir sur leur avenir, sur qui ils sont, sur ce qu’ils vont devenir. Il est essentiel pour ces jeunes de connaître les motivations qui ont poussé leurs parents à les faire cheminer en éducation française, à comprendre les luttes historiques, à poser un regard sur comment ils vivent leur francophonie aujourd’hui et comment se verront-ils demain.
Pour avoir fait l’exercice en salle de classe avec ces jeunes, on peut observer qu’ils sont très fiers d’être francophones mais qu’ils ne réalisent pas toujours, qu’une fois l’école secondaire terminée, qu’une fois qu’ils voleront de leurs propres ailes, ils seront les premiers et seuls responsables de leur vie en français.
On doit leur parler des différentes dynamiques familiales sur les plans langagier, culturel et identitaire. Est-ce qu’ils fréquenteront un conjoint ou une conjointe francophone, anglophone ou autre? Comment ça se passera au foyer? Quels seront les choix du couple en fonction de la langue et de la culture? Comment seront-ils préparés à leur tour aux choix à faire pour l’enfant?
Dans le fond, pour sensibiliser les parents et avoir le plus grand impact possible auprès de la clientèle scolaire, on se rend compte qu’il faut faire preuve d’une cohérence collective. On doit stratégiquement cibler nos résultats, articuler nos actions et organiser nos moyens en conséquence. On doit sortir des sentiers battus, être créatif, voire même ingénieux dans nos façons de faire et de dire les choses aux parents. Une vaste stratégie de marketing socio communautaire pourrait certainement être une solution. Les communications ne sont plus les mêmes, les messages ne sont plus reçus de la même façon. Il faut pouvoir ajuster nos approches et livrer un message adapté aux parents de demain.
Source : Parents.comme/nous - 26 octobre 2006 Numéro 17
vendredi 14 juin 2013
Par Suzanne Dionne-Coster et Mariette Rainville
Comme dans toutes les langues, le français n’existe pas dans une forme unique. Vous avez probablement rencontré dans votre vie des francophones qui ont un accent qui diffère du vôtre et qui utilisent des expressions que vous ne connaissez pas. Ces personnes sont peut-être natives d’un autre pays que le Canada ou proviennent d’une autre province ou d’une autre région que la vôtre. Ce qui est intéressant, c’est que la langue est vivante ! Elle prend la couleur de notre environnement, de nos expériences et de nos interactions avec les autres. Toute cette variété linguistique est une richesse pour la francophonie !
Voici des exemples d’expressions que certains francophones utilisent :
- laver la « place » = laver le plancher
- être badlucké = être malchanceux
- barrouette = brouette ou encore une voiture très usée.
- tire-toi une bûche = prend un siège.
- couvarte = couverture.
- se dégrayer = ôter nos vêtements quand nous revenons de dehors.
- flo = enfant.
- Il fait frette = il fait froid.
- y aller à planche = à fond, à toute allure
- c'est tiguidou = c'est super
Il y a des mots en français qui ont des significations différentes d’une région à l’autre, et des mots qui ont une signification spéciale pour certaines familles. Dans le passé, on entendait souvent parler du bon et du mauvais français, comme s’il y avait des expressions et des façons de dire qui étaient supérieures à d’autres. Cela a eu pour effet de marginaliser certaines personnes et même de les inciter à délaisser leur langue maternelle. Aujourd’hui, lorsqu’il est question de langue, on parle plutôt de variétés de français qui sont appropriées selon certains contextes : par exemple, nous pouvons parler le « chiac » ou le « joual » avec nos amis et un français plus standard à l’école.
Connaissez-vous d’autres expressions colorées issues de votre région, de votre famille? Partagez-les avec les autres francophones.
Pourquoi apprendre le français standard ?
Le français standard n’est pas supérieur aux autres variétés linguistiques, mais il nous permet de communiquer efficacement avec un plus grand nombre de francophones, et dans une multitude de situations. Aussi, le français parlé à caractère plus standard est souvent la langue retrouvée dans les écrits. Apprendre à parler un français plus standard contribue donc dans un même temps à l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en français.
Vous sentez-vous inquiet lorsque vous parlez français ? Pourquoi ?
Compte tenu le nombre limité d’occasions quotidiennes de parler français en milieu francophone minoritaire, il est facilement concevable que vous ressentiez une certaine insécurité face au français. Notre compétence dans une langue est directement proportionnelle au temps que nous lui accordons. Alors, pour améliorer votre français :
- Pouvez-vous identifier des façons d’augmenter la présence du français dans votre quotidien ?
- Lesquelles ?
- Que pouvez-vous faire dès aujourd’hui ?
- Que comptez-vous faire à long terme ?
Cette démarche que vous entreprenez vis-à-vis l’apprentissage du français aura des répercussions positives non seulement sur vous, mais aussi sur votre enfant, et peut-être même sur toute votre famille !
Saviez-vous que…
- Nous utilisons les termes registres de langue, langues vernaculaires ou variations linguistiques pour parler des variations d’une même langue.
- Dans le passé, en raison de l’isolement, les communautés ont développé leur propre façon de parler le français.
- Il n’y pas un registre qui est meilleur qu’un autre, mais plutôt des registres qui sont plus efficaces dans certains contextes ; par exemple, le français standard est le français valorisé à l’école.
- L’insécurité que l’on peut ressentir vis-à-vis son registre de langue vient souvent du fait que ce registre n’a pas été valorisé ou a été dévalorisé à l’école ou dans les lieux publics. Nous sommes portés à croire que ce n’est pas une « bonne » langue, au lieu de voir à quel point notre registre de langue est le témoin de la richesse de notre vécu et de celui de nos ancêtres.
- L’insécurité vis-à-vis notre registre de langue peut jouer un rôle d’assimilation à la langue anglaise, la honte pouvant mener à l’abandon de sa langue maternelle. Il est donc important de comprendre et d’accepter d’abord pourquoi on parle comme on parle pour ensuite décider ce que l’on veut pour son futur, et pour le futur de son enfant, et de ce qu’il faut faire pour y arriver.
Source : Parents.comme/nous - 28 septembre 2006 Numéro 16
jeudi 13 juin 2013
Par Suzanne Dionne-Coster et Mariette Rainville
Donner le goût de la lecture à votre enfant, c’est investir non seulement dans son avenir, mais aussi dans celui de sa future génération. Selon Jim Trelease, « Plus on lit, plus on développe son intelligence ; plus on est intelligent, plus on pousse ses études ; plus on s’instruit, plus on s’enrichit. »
Faire la lecture à votre enfant n’est pas lui enseigner à lire, c’est éveiller en lui des attitudes et développer des habitudes de base essentielles à la lecture. C’est ça construire la littératie1 et pour votre enfant qui vit dans un milieu minoritaire francophone, la construction des littératies multiples est essentielle à son estime de soi.
Un grand nombre d’enfant deviennent des non-lecteurs au moment ils atteignent le secondaire. Il voient la lecture comme un travail scolaire et n’ouvrent un livre que lorsqu’ils y sont obligés. Si vous voulez que votre enfant prenne le goût de lire et développe des habitudes de lecture pour la vie, pourquoi ne pas en faire une priorité dans la vie familiale. En ce sens, on y consacrera alors temps, énergie et ressources.
Commencer tôt !
Quand commence-t-on à parler à l’enfant ? Selon Jim Trelease, « À sa naissance, n’est-ce pas ? Un enfant qui a l’âge de vous écouter parler, a l’âge de vous écouter lire. » Et rien ne donne plus le goût d’apprendre à lire, d’apprendre par la lecture que de se faire lire !
Avant que l’enfant naisse…
- Faire la lecture à haute voix est une très belle activité pour la mère enceinte. Faire la lecture à haute voix, c’est déjà parler avec l’enfant. C’est lui communiquer à haute voix l’amour que vous lui donnez et lui faire sentir le bonheur ressenti dans l’attente de sa naissance. Vous pouvez lui lire des histoires, les inventer ou lui raconter des histoires de votre propre enfance.
Lorsque l’enfant est un bébé…
- Racontez, chantez, inventez des comptines au nouveau-né et au bébé. L’important, c’est la répétition des sons, l’exagération des rythmes, les rimes et la musicalité de la voix.
- Associez les petites comptines aux activités quotidiennes, au moment du bain, des repas, etc.
- Inventez et fredonnez des mots pendant que vous le bercez et que vous jouez avec lui. Le succès, c’est de se faire confiance.
Quand l’enfant commence à parler…
Faire la lecture à votre tout-petit enrichit son vocabulaire, stimule son imagination, développe son attention, nourrit ses émotions et l’initie à la beauté de la langue et aux couleurs du français.
- Au début, lisez avec lui des livres aux images très simples et aux couleurs vivres et sans histoire.
- Progressez vers des histoires très très courtes où l’illustration occupe presque tout l’espace. En tenant votre enfant dans vos bras, identifiez et nommez des choses qui apparaissent dans les illustrations.
- Allez dans le livre là où l’enfant veut aller.
- Faites trouver, montrer du doigt et nommer par l’enfant des choses et des objets.
- Faites tourner les pages du livre et encouragez les efforts.
- Parlez avec l’enfant, acceptez de vous écartez de l’histoire (c’est déjà un bienfait pour la littératie).
- Faites des liens entre ce qui se trouve dans le livre et l’expérience de l’enfant. Par exemple : « qui d’autre a un gros ballon rouge ? »
- Donnez beaucoup de caresses afin de faire de ces périodes de lecture, des moments de tendresse et de doux plaisir.
- Arrêtez quand l’enfant perd l’intérêt. La fréquence des lectures est plus importante que la durée.
À l’enfant de 4 à 6 ans…
- Relisez la même histoire aussi souvent que l’enfant la demande. Il adore l’entendre à nouveau.
- Invitez l’enfant à raconter sa propre histoire ( il se prépare ainsi à en écrire plus tard).
- Montrez avec le doigt certains mots-clés du texte, comme les noms des personnages, par exemple.
- Variez le genre d’histoires, des contes d’animaux, mais aussi des histoires de la vie quotidienne et de petites aventures féériques.
Suggestions pour l’enfant de tout âge…
- Choisissez des livres ou des revues et des magazines qui se prêtent bien à la lecture à haute voix.
- Lisez des livres ou des revues et des magazines adaptés au stade de développement de l’enfant, à ses besoins et à ses intérêts.
- Lisez des livres que vous aimez vous-même.
- Priorisez le temps de lecture à un moment qui convient à l’enfant et à vous-même.
- Mettez de l’expression dans votre voix.
- Ne lisez pas trop vite.
- Si l’enfant est agité à certains moments, posez des questions au sujet de l’histoire, donnez à l’enfant le temps de se calmer.
- Gardez le livre à sa portée.
- Nourrissez et prolongez l’histoire par le biais d’un bricolage, d’une danse, d’une comptine, d’un temps de cuisine avec l’enfant, etc.
- Entourez l’enfant de livres, de revues et de magazines. C’est indispensable ! Le hockey sans équipement et pratique est aussi impensable que la lecture sans livres et sans lecture !
- L’accès facile à une grande variété de livres et une clé pour développer le goût de lire.
- Installez-vous de façon à ce que votre enfant vous voit lire.
Source : Fédération des parents francophones de l’Alberta et Alberta Education (1998). Tu peux compter sur moi. Guide à l’intention du parent pour l’accompagnement de l’enfant dans son éducation en français langue première, p. 143-145
1 Le mot « littératie » englobe des façons d’écrire, de penser, de parler et d’agir dans un contexte social et dépasse la conception traditionnelle que nous avons de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture en milieu minoritaire. Elle va plus loin que les habiletés à lire et à écrire. Ce sont des façons, des habitudes et des pratiques qui varient selon les cultures, les communautés et la technologie qui nous entourent. En situation minoritaire francophone, le développement des littératies multiples contribue à l’affirmation de la personne et de son identité en tant que membre de la communauté francophone et de la société en général.
Source : Parents.comme/nous - 28 septembre 2006 Numéro 16
lundi 10 juin 2013
Par Roland Boudreau, directeur général adjoint Conseil scolaire acadien provincial
J’avais toujours pris mon rôle bien au sérieux et j’encourageais vivement les parents à s’assurer que leur enfant s’intégrait bien à la communauté et qu’ils vivaient en français le plus souvent possible à l’extérieur de l’école. J’avais enseigné une bonne dizaine d’années quand vint mon tour de mettre au monde des petits minoritaires.
Le temps était venu de goûter à ma propre salade.
Les besoins les plus élémentaires en temps de grossesse étaient comblés : nous avions un médecin de famille francophone. Lorsqu’arriva le moment de l’accouchement, cependant, il était en vacances et c’est en anglais qu’est née l’aînée. Nous aurions dû y voir un signe mais nous nagions dans l’euphorie et ce n’était pas ce détail qui allait nous empêcher de nous réjouir de l’arrivée de notre premier enfant.
Sitôt rendus à la maison, le français avait repris sa place. Décor du poupon en français (ça ne lit pas mais on ne sait jamais), berceuses aussi, évidemment. Le premier hic nous vint de la gardienne que nous avions soigneusement choisie et qui nous avisa qu’elle déménageait dans un mois. Qu’à cela ne tienne, nous en trouverions bien une autre. Sauf que ce n’est pas chose facile que de dénicher la perle, surtout quand on veut que celle-ci parle français. Finalement, c’est une annonce en français dans le quotidien - anglais, bien entendu - de la ville qui nous amena le plus grand nombre d’appels.
Quand vint au monde la cadette, nous songions sérieusement à une garderie pour l’aînée et nous sommes partis à la recherche de l’endroit idéal. Ce paradis existait mais n’offrait qu’une petite demi-heure de français quotidiennement dans un environnement en anglais. En bons minoritaires que nous sommes, nous avons formé un comité qui s’est chargé d’ouvrir la première garderie totalement en français de la ville. Ce petit centre préscolaire est devenu grand depuis et s’est même étendu à d’autres lieux stratégiques de la ville en plus d’offrir des programmes après école et des camps d’été.
Nous avons vite réalisé que vivre en français n’était pas chose facile. Je me suis souvent senti bien penaud d’avoir sermonné les parents qui semblaient perplexes face aux recommandations que je leur faisais de vivre en français en dehors de l’école. Tout ce qui s’offrait n’existait qu’en anglais : natation, gymnastique, danse, scouts, et j’en passe. Autant la situation était décevante, autant il était encourageant de voir l’ouverture de chaque organisation à offrir ses services en français. La plupart avaient besoin d’être convaincus qu’il existait vraiment une communauté francophone mais dénichaient bien vite dans leurs rangs un moniteur ou une instructrice prêts à tenter l’expérience. Un peu de bouche à oreille parmi les francophones et les inscriptions étaient un succès suffisamment convaincant pour que des sessions en français soient inscrites à l’horaire régulier. Je suis fier que nos enfants aient pu vivre en français à peu près toutes les mêmes expériences que leurs petits amis anglophones dans notre milieu.
Vous aurez compris que les propos de cette chronique ont un double sens : tout est possible en français, mais tout a un prix. Et ce prix, c’est souvent le petit effort supplémentaire qu’il faut y mettre. En effet, n’est-ce pas plus facile de faire la file incognito lors de l’inscription aux cours de natation et de se faire passer pour un anglophone? Évidemment. Cependant, lorsqu’on sait l’importance que peuvent avoir ces expériences en français pour le jeune enfant, l’effort est facilement récompensé. Plus un enfant grandit avec la conviction qu’il est possible de vivre en français, plus grandes sont les chances qu’il sera une personne engagée qui voudra perpétuer la possibilité de le faire. C’est ainsi qu’on assure la survie linguistique d’une communauté.
Je me permettrai de rêver pour conclure. Mes enfants sont aujourd’hui de jeunes adultes. Les choses ont bien changées et j’ose croire qu’il est de plus en plus facile de grandir en français dans nos milieux. Quand je serai convaincu que nous présentons aux jeunes parents des options pour les services de garde (gardiennes, garderies familiales, centres pré-scolaires); quand j’aurai la certitude que nos associations communautaires ont pris la relève des petits comités qui voient à offrir des activités en français à nos enfants; quand je serai bien certain qu’il est possible de faire une sortie familiale pour voir un film en français de temps en temps; alors, et alors seulement, je reprendrai mon discours afin d’encourager les parents à faire un effort pour que leur enfant participe à la vie communautaire en français. Je suis un éternel optimiste et je crois fermement que nous sommes en train d’élaborer le projet de société qui nous permettra vraiment de nous épanouir dans « l’autre langue officielle » du Canada.
On récolte ce qu’on a semé. Hier, au déjeuner, mon aînée m’a annoncé qu’elle était déterminée à trouver une école de conduite qui offre des services en français. Je suis très fier d’elle mais je ne suis pas dupe. J’ai bien compris le message si peu subtil qui m’annonçait que je viens de perdre le contrôle de mon véhicule... Mais je me console à l’idée qu’au moins, elle apprendra à le conduire en français!
Source : Parents.comme/nous - 28 septembre 2006 Numéro 16
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