Partager, remercier, pardonner : nos plus belles valeurs s’apprennent dès la petite enfance, souvent en toute inconscience ! Pourtant, chacune reste un défi pour les tout-petits. Que peut-on attendre d’eux, à quel âge ? Comment leur inculquer ces belles valeurs ? Voici quelques clés.
Chaque année, peu avant Noël, Marie-Josée Lagacé et ses fils passent à la loupe la réserve de jouets familiale. «Nous mettons de côté tous les jouets avec lesquels ils ne jouent plus, nous faisons des petits sacs, puis nous les apportons aux organismes de charité. C’est toujours un moment à la fois difficile et heureux !», raconte la jeune maman montréalaise. Pas facile, en effet, pour Adam et Jacob, trois et cinq ans, de se défaire de leurs vieux jouets. Mais sitôt la porte franchie, on les oublie !
À partir de quand?
«L’enfant est capable de générosité à partir du moment où il est capable de produire un dessin ou quelque chose, et de l’offrir à quelqu’un. Il ne comprend pas encore le concept de partage, mais il comprend qu’il fait plaisir à quelqu’un en lui donnant ce qu’il a fabriqué», explique Monique Laprise, psychoéducatrice et enseignante en techniques d’éducation à l’enfance. Jusqu’à environ quatre ans, un enfant a l’impression que tout lui appartient, sauf si on lui dit le contraire. Les jouets sont une prolongation de lui et partager, c’est se séparer d’une partie de soi… Voilà pourquoi la grande majorité des conflits entre les tout-petits sont des conflits de possession. En grandissant, ils apprennent à devenir prêteurs pour créer et maintenir des liens positifs avec leurs amis. Certains comprennent le principe à trois ans, d’autres plus tard. L’important, c’est de pratiquer et de souligner les succès !
Comment l’y aider?
Lui faire fabriquer quelque chose à offrir, en échange de ce qu’il reçoit. «Vous lui donnez ainsi du pouvoir, dans la mesure de ses capacités. C’est beaucoup plus intéressant que de lui faire offrir quelque chose acheté avec la carte en plastique de maman! », fait remarquer Monique Laprise.
À partir de quatre ans et jusqu’à sept ans, vous pouvez aussi lui demander de choisir un de ses jouets, de bien l’emballer et de l’offrir. Vous pouvez lui dire : «Le Père Noël n’a pas le temps de tout fabriquer pour tous les enfants du monde entier... Donc, c’est comme ça qu’il fait : quand des enfants ne jouent plus avec certains jouets, il va les porter à d’autres !»
Que faire quand il refuse de prêter ses jouets, à la garderie ou au parc ?
Établir des règles simples de partage. Vous pouvez lui expliquer : «Tu peux prendre un jouet uniquement quand il est libre. S’il n’est pas libre, demande à l’ami qui le tient s’il peut te le prêter, avec un “s’il te plaît”. S’il dit oui, tu peux lui dire merci et lui prêter un de tes jouets en retour. S’il dit non, tu dois choisir un autre jouet libre !»
Renforcer la valeur du partage, plutôt que de faire la police. «Trop souvent, nous intervenons en forçant notre enfant à partager ses jouets immédiatement, sitôt qu’un autre enfant lui demande», remarque Monique Laprise. «Mieux vaut dire : “Tu peux jouer avec, tant que tu en as envie. Mais quand tu auras terminé, veux-tu aller le porter toi-même à ton ami qui voudrait l’avoir ?” Ensuite, faire remarquer à votre enfant combien son copain est content : “Regarde comme tu lui as fait plaisir ! C’est toi qui as fait ça, quand tu es allé porter le jouet.”» Au lieu de se suppléer à sa volonté, vous encouragez ainsi le partage.
Montrer l’exemple quotidiennement. «Cela ramène le partage à un niveau que les enfants sont capables de saisir», poursuit Monique Laprise. Par exemple, faites-lui remarquer ce que vous faites quand vous partagez une pomme avec lui ou quand vous prêtez la tondeuse à un voisin. Dites-lui : «Tu vois, je lui prête, puis il va me la rendre après. »