La vie sociale et communautaire en français en milieu minoritaire pour la petite enfance

Par Monique et Françis Thériault

Vivre en milieu acadien et francophone minoritaire représente à la fois des opportunités et des défis pour les jeunes enfants. Dès leur naissance, ils sont exposés au caractère bilingue de leur entourage. Par conséquent, ils ont une occasion d’apprendre les deux langues officielles du pays avant même d’apprendre à conduire une bicyclette. Il n’est pas rare, en milieu minoritaire acadien et francophone, de voir un jeune âgé de 4 ou 5 ans, comprendre et parler parfaitement le français et l’anglais. Il arrive même parfois que de jeunes enfants agissent comme interprètes dans une conversation d’adultes unilingues. Après tout, c’est lors de la petite enfance que le cerveau est le plus réceptif à l’apprentissage d’un nouveau langage.

La vie communautaire qui encourage les acadiens et francophones à s’épanouir dans leur langue reste omniprésente dans les régions rurales et urbaines du Canada. La petite enfance ne fait pas exception à la règle. On y retrouve régulièrement «des heures du conte», des spectacles de marionnettes ou des «groupes de jeux» pour enfants. De nombreuses ressources en français sont de plus en plus disponibles pour les jeunes comme des livres ou vidéos à la bibliothèque publique française et dans les centres de ressources.

En contrepartie, l’apprentissage du français en milieu minoritaire représente aussi bons nombres de défis pour les jeunes. En très bas âge, les petits sont conscients de la différence entre le français et l’anglais. Dans un couple ou les deux parents sont francophones et que la langue parlée à la maison est le français, les enfants font face à plusieurs occasions à la réalité d’un environnement complètement différent à l’extérieur du foyer soit celui majoritairement anglophone. Que ce soit à l’épicerie, au restaurant ou toute autre place publique, un jeune qui maîtrise pourtant parfaitement sa langue maternelle est souvent limité dans ses conversations avec les intervenants de leur communauté.

Plusieurs services sont aussi souvent absents en français. Que ce soit chez le dentiste, le médecin, l’optométriste ou même les cours de musique ou de danse, l’enfant fait face à un obstacle important de compréhension qui le place souvent dans une situation inconfortable. Il est évident, principalement en milieu rural, que le nombre de spécialistes francophones soit plus limité que chez la majorité anglophone. Ce phénomène pousse parfois certains parents à opter pour un service immédiat en anglais, faute de service dans leur langue. Il est important de continuer à encourager l’immigration et le recrutement de spécialistes francophones tout en favorisant l’accès à une formation spécialisée accessible pour nos travailleurs de demain.

D’autre part, même s’il est préférable d’apprendre le français dès leur naissance, de plus en plus de parents réalisent plus tard l’importance du français qui a été absent de la dynamique langagière au foyer pendant les premières années de la vie de l’enfant et inscrivent leurs jeunes à la pré-maternelle francophone dans le but d’initier leurs petits à la langue française. Afin de palier aux différents niveaux de connaissances du français des jeunes qui se présentent à la pré-maternelle, il faut continuer à encourager l’accès à des services de meilleure qualité et adaptés à plusieurs niveaux afin de les préparer à l’entrée à l’école française.

Bref, si les parents réalisent l’importance de transmettre la langue française et font le choix de relever certains défis reliés au développement de l’enfant sur les plans de la langue, de l’identité et de la culture, la vie sociale et communautaire pour un jeune enfant francophone en milieu minoritaire peut signifier une éducation et une participation active dans sa communauté dans sa langue maternelle. Les centres scolaires communautaires jouent un rôle de catalyseurs dans l’épanouissement de nos communautés. Ils viennent appuyer l’environnement familial, qui demeure la souche de tous les aspects essentiels à la survie d’une langue en milieu minoritaire. Même si les défis sont grands pour nos communautés acadiennes et francophones du Canada, prenons-nous en main comme parents, transférons notre culture et notre héritage à nos enfants dans l’espoir qu’ils continuent cette belle tradition pour les générations à venir.

Source : Parents.comme/nous – Le 23 février 2006 Numéro 10