
Justification du choix des pays sources pour le recrutement international en petite enfance
Comme mentionné précédemment, nous avons retenu six pays sources : la Belgique, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la France, le Maroc et la Tunisie. Ce choix repose sur une combinaison de facteurs liés à la disponibilité de programmes de formation reconnus, à la qualité linguistique des personnes diplômées, à l’adéquation de la qualification professionnelle avec les attentes canadiennes ainsi qu’à la capacité logistique à participer à un processus de migration encadré et éthique.
Ces six pays ont été retenus, car ils présentent :
- Une capacité de formation suffisante et structurée dans le domaine de la petite enfance;
- Une maîtrise adéquate du français et une maîtrise fonctionnelle de l’anglais pour faciliter l’intégration;
- Un potentiel de collaboration avec le Canada, déjà amorcé ou à développer;
- Des enjeux clairs en matière de reconnaissance des diplômes qui peuvent être abordés avec des partenaires institutionnels
Ce choix vise à garantir un processus de recrutement éthique, équitable et réaliste, avec des candidates et candidats bien formés et aptes à contribuer au secteur de la petite enfance au Canada.
Note sur les informations données dans les sections 5.1 à 5.6
- Les équivalences présentées s’appuient notamment sur les pratiques d’organismes d’évaluation reconnus (ex. : WES) et doivent être interprétées comme indicatives, les décisions relevant des autorités provinciales et territoriales.
- Les crédits ECTS (du European Credit Transfer and Accumulation System) constituent une unité de mesure européenne de la charge de travail scolaire, où 60 crédits correspondent à une année d’études à temps plein. Ainsi, un programme de 180 crédits ECTS équivaut généralement à trois années d’études postsecondaires.
| Facteurs | Belgique ![]() | Cameroun ![]() | Côte d’ivoire ![]() | France ![]() | Maroc ![]() | Tunisie ![]() |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Système de formation pertinent | Établissements délivrant les diplômes d’institutrice ou instituteur préscolaire, bachelier en accueil et éducation du jeune enfant, etc. | Offre de formations diversifiée : 10 établissements avec CAP et diplômes postsecondaires | Diplôme d’État reconnu : Diplôme d’État d’éducateur préscolaire (DEP) offert par l’Institut national de formation sociale; | Offre de formations abondante : 37 établissements offrant des diplômes comme le DEEJE ou le CAP AEPE | Offre de formations bien structurée : 3 licences professionnelles (OFPPT) | 11 établissements offrant notamment le Brevet de technicien supérieur (BTS) éducateur et éducatrice petite enfance |
| Maîtrise du français | Excellente : 76 % (OIF) | Environ 60 % | 60 % pour les personnes instruites | Élevée : 97 % (OIF) | Environ 60 % | Bon : 63 % |
| Maîtrise de l’anglais | Intermédiaire : estimé entre 18 et 24 % (Eurostat); | 25 %, dont 13 % sont bilingues | Intermédiaire : 23 % | Intermédiaire : 30 à 35 % | 20 à 30 % | 20 à 40 % |
| Permis de travail | PVT pour 18-30 ans, durée max de 1 an | PVT pour 18-35 ans, durée max de 2 ans | ||||
| Score du PISA | Élevé : 49 | 477 en 2015 | 477 en 2015 | |||
| IDH | Très élevé : 0,951 | Moyen : 0,587 | 0,710 | 0,746* | ||
| Avantages | Programmes souvent bien alignés avec les normes européennes et canadiennes | Bassin jeune et formé, très ouvert à la migration professionnelle | Attractivité : pays stable avec une solide tradition de formation en petite enfance | Normes de formation bien connues et proches des attentes canadiennes, malgré les défis liés à l’OEPE en Ontario | Partenariats en développement, bassin de candidat(e)s bien formés, liens culturels et linguistiques étroits avec la francophonie canadienne | Profil linguistique et éducatif compatible : bon équilibre entre formation technique et universitaire |
| Autres | Foires de promotion et de recrutement canadiennes qui s’y rendent régulièrement | Partenariat potentiel : plusieurs éducatrices et éducateurs déjà présents au Canada | Défi à surmonter: reconnaissance des diplômes à clarifier, mais efforts actuels justifient les investissements | Foires de promotion et de recrutement canadiennes qui s’y rendent régulièrement | Foires de promotion et de recrutement canadiennes qui s’y rendent régulièrement | Foires de promotion et de recrutement canadiennes qui s’y rendent régulièrement |
5.1 Belgique 
Mise en contexte : culture, économie, politique
La Belgique se distingue par une diversité culturelle et linguistique institutionnalisée, fondée sur la coexistence des communautés francophone, néerlandophone et germanophone. Cette pluralité influence les systèmes éducatifs, les pratiques professionnelles et les cadres règlementaires, notamment en matière de formation et de certification. La culture du dialogue social, de la concertation et de la gouvernance partagée façonne les politiques publiques et les relations entre les acteurs institutionnels.
Sur le plan économique, la Belgique dispose d’une économie ouverte et fortement tertiarisée, soutenue par les services, par la logistique, par l’industrie spécialisée et par la présence d’institutions européennes. Les investissements dans la formation, la qualification de la main-d’œuvre et l’innovation constituent des leviers centraux du développement économique et social.
Politiquement, le pays est une monarchie constitutionnelle fédérale, caractérisée par une forte décentralisation des compétences vers les régions et les communautés. En matière d’éducation, ce sont principalement les communautés linguistiques qui exercent les compétences, ce qui se traduit par des politiques éducatives distinctes et influence la structuration des diplômes et des mécanismes de reconnaissance.
Le taux de participation à l’EPE est très élevé, avec environ 95 % des enfants de plus de 4 ans inscrits en enseignement préprimaire, ce qui reflète un système largement accessible et institutionnalisé.
Terminologie
Lors de l’analyse des profils de personnes formées en Belgique, il est crucial de vérifier qu’elles ont suivi des cours et réalisé des stages spécifiquement en EPE afin de faciliter la reconnaissance de leur formation dans les provinces et territoires du Canada.
En Belgique, les termes suivants renvoient à des niveaux de formation distincts au sein du système éducatif:
- Bachelier : Correspond à un diplôme de l’enseignement supérieur de premier cycle, généralement obtenu après trois à quatre années d’études;
- Brevet : Désigne une qualification de l’enseignement supérieur de type court ou une certification professionnelle spécialisée, selon le secteur;
- Certificat : Renvoie le plus souvent à une qualification professionnelle ou à une attestation de compétences;
- Classification A1 : Niveau de formation qui renvoie à une formation postsecondaire; Classification A2 : Niveau de formation qui renvoie à une formation au secondaire qualifiant.
Cette terminologie diffère des usages canadiens et doit être interprétée avec rigueur, notamment en fonction des contenus de formation et des stages réalisés.
Système de formation en EPE
En Belgique, la formation en enseignement et en petite enfance repose traditionnellement sur un parcours annuel continu, couvrant l’ensemble de l’année scolaire de septembre à juin. En cas d’échec à un cours ou à un stage obligatoire, l’étudiante ou l’étudiant doit reprendre l’année complète.
L’enseignement préprimaire est obligatoire à partir de 5 ans, bien que les enfants puissent fréquenter gratuitement l’école maternelle dès 2 ans et demi.
Les réformes récentes, notamment en Wallonie depuis 2023, ont renforcé les exigences de formation du personnel enseignant. Alors que les milieux d’accueil non scolaires peuvent encore recruter du personnel avec une qualification professionnelle d’ordre secondaire ou professionnel, les enseignants des écoles maternelles doivent désormais détenir une formation de maîtrise.
Diplômes et certifications offerts
Qualification professionnelle d’ordre secondaire (services de garde)
Le Certificat de qualification de puériculteur ou puéricultrice est obtenu à la suite d’un programme professionnel de quatre ans (9+4), combinant enseignement général et formation pratique en milieu d’accueil.
L’agente ou agent d’éducation constitue une qualification similaire, d’une durée d’environ trois ans (9+3), avec une orientation plus spécialisée.
Des programmes modulaires existent également dans l’enseignement pour adultes (promotion sociale), incluant le Certificat d’auxiliaire de l’enfance ou d’éducateur. Ces formations, souvent d’une durée d’un à deux ans, nécessitent désormais l’obtention du Certificat d’enseignement secondaire supérieur (CESS) pour exercer en services de garde.
Bachelier en accueil et éducation du jeune enfant (AEJE)
Introduit récemment, ce programme de trois ans (180 crédits ECTS) vise à renforcer la professionnalisation du secteur. Il comprend des cours en pédagogie, en psychologie du développement, en santé et en cadres législatifs, ainsi que des stages pratiques. Les personnes diplômées peuvent travailler en milieu d’accueil, mais ne sont pas qualifiées pour enseigner en école maternelle.
Master en enseignement – section 1 (préscolaire et primaire)
Depuis 2023, ce diplôme constitue la qualification professionnelle requise pour enseigner dans les écoles maternelles. Il s’agit d’un programme intégré de quatre ans (240 ECTS), combinant formation en haute école et université.
Comparabilité avec les exigences canadiennes
Les diplômes belges présentent une structuration claire par ordre d’enseignement, allant de qualification professionnelle secondaire aux diplômes universitaires.
Les programmes d’ordre secondaire, comme le Certificat de qualification de puériculteur ou puéricultrice, sont généralement comparables à un diplôme d’études secondaires canadien avec spécialisation professionnelle. Les formations de promotion sociale sont plus difficiles à positionner et nécessitent une analyse individualisée.
Le Bachelier en AEJE est généralement comparable à un baccalauréat canadien de trois ans, tandis que le Master en enseignement correspond à une combinaison de baccalauréat et de maîtrise dans le système canadien.
Toutefois, comme dans d’autres pays étudiés, des écarts peuvent être observés en ce qui concerne la formation spécifique liée aux enfants de moins de 3 ans et la documentation des stages.
Critères et obstacles à la reconnaissance
La reconnaissance des diplômes belges repose principalement sur l’analyse de la durée totale de la formation, du volume d’heures théoriques et pratiques, ainsi que de la qualité et de la supervision des stages.
Parmi les principaux obstacles figurent la complexité du système éducatif (communautés linguistiques), la coexistence de niveaux de classification (A1 et A2) ainsi que la variabilité des parcours de formation dans l’enseignement pour adultes.
Des défis peuvent également être liés à la documentation des stages et à l’interprétation des intitulés de diplômes dans un contexte canadien.
Bonnes pratiques et pistes de collaboration
Le développement de partenariats formels entre établissements belges et autorités canadiennes constitue une bonne pratique pour faciliter l’accès à des descriptions standardisées de programmes et de référentiels de compétences.
La mise en place de fiches de correspondance entre diplômes belges et niveaux canadiens ainsi que le développement de formations passerelles ciblées (notamment pour les poupons, les cadres règlementaires ainsi que la santé et sécurité) permettrait de renforcer la transparence et d’accélérer les processus de reconnaissance.
5.2 Cameroun 
Mise en contexte : culture, économie, politique
Le Cameroun se caractérise par une grande diversité culturelle, linguistique et religieuse résultant de la coexistence de traditions locales et d’influences francophone et anglophone. La famille élargie et les réseaux communautaires occupent une place centrale dans la socialisation et l’éducation des jeunes enfants, avec une forte valorisation de la transmission intergénérationnelle, du respect de l’autorité et de la cohésion sociale. Ces facteurs influencent les pratiques éducatives dès la petite enfance, notamment en matière de socialisation, de langage et d’intégration au milieu scolaire.
Sur le plan économique, le pays repose sur une économie mixte combinant agriculture, exploitation des ressources naturelles, services et un secteur informel significatif. Les politiques de développement mettent l’accent sur la formation professionnelle et sur le renforcement des compétences afin de soutenir l’employabilité et la qualité des services sociaux, y compris dans le secteur de l’éducation préscolaire.
Politiquement, le Cameroun est une république présidentielle centralisée. Le cadre institutionnel est marqué par des enjeux liés à la décentralisation, à la gouvernance et à la cohésion nationale, notamment dans les régions anglophones. Ces dynamiques influencent l’organisation des politiques éducatives, la structuration des systèmes de formation et les mécanismes de certification professionnelle.
Le pays a connu une augmentation notable du taux de scolarisation préscolaire au cours des dernières années, bien que des défis importants persistent, notamment en matière d’accès, d’infrastructures et de disponibilité d’enseignants qualifiés, particulièrement en zones rurales et dans les régions touchées par des conflits.
Terminologie
Au Cameroun, les termes certificat, brevet et diplôme renvoient à des niveaux distincts de formation au sein des systèmes éducatifs francophone et anglophone. Les appellations peuvent varier selon le ministère de tutelle (éducation de base, enseignement secondaire, emploi et formation professionnelle) ou l’institution délivrante.
En contexte anglophone, des titres tels que Certificate ou Diploma in Early Childhood Education sont couramment utilisés. Cette pluralité terminologique nécessite une interprétation rigoureuse dans les analyses d’équivalence internationales, notamment pour distinguer la qualification professionnelle d’ordre secondaire des diplômes postsecondaires.
Système de formation en EPE
La formation en EPE est offerte par des établissements publics et privés, incluant les écoles normales d’instituteurs (ENI), les centres de formation professionnelle ainsi que les instituts spécialisés en petite enfance. Les filières francophone et anglophone coexistent, avec des structures de programmes et des référentiels de compétences parfois distincts.
Le cadre règlementaire vise une harmonisation progressive des certifications, mais des écarts subsistent entre les programmes en matière de durée, de volume horaire, de standardisation des contenus et de formalisation des stages supervisés.
La qualification professionnelle standard pour l’enseignement préscolaire dans le système francophone est le Certificat d’aptitude pédagogique d’instituteur de l’enseignement maternel et primaire (CAPIEMP), tandis que l’équivalent anglophone est le Teachers Grade One Certificate. Ces programmes sont généralement offerts dans les écoles normales d’instituteurs de l’enseignement général (ENIEG), sous la supervision du ministère de l’Enseignement secondaire.
Diplômes et certifications offerts
Certificat d’aptitude pédagogique d’instituteur de l’enseignement maternel et primaire (CAPIEMP)
Ce diplôme constitue la principale qualification professionnelle pour enseigner au préscolaire et au primaire. Il s’agit d’un programme postsecondaire généralement d’une durée de deux ans (13+2, réforme récente), accessible après le baccalauréat ou une qualification équivalente, avec examen d’entrée.
Il existe également un parcours alternatif de trois ans (10+3) destiné aux titulaires d’un diplôme de secondaire inférieur. Les deux parcours incluent des stages pratiques en milieu scolaire et un examen national final.
Teachers Grade One Certificate
Qualification équivalente au CAPIEMP dans les régions anglophones, avec des exigences similaires en matière de durée, de formation pédagogique et de stages supervisés.
Programmes universitaires en EPE
Certaines universités, notamment l’Université de Bamenda, offrent des programmes de baccalauréat en éducation de la petite enfance d’une durée de trois ans, destinés à des fonctions plus avancées ou de supervision.
D’autres parcours universitaires, tels que le Diplôme de professeur de l’enseignement (DIPET I) ou la Licence en sciences de l’éducation, peuvent également inclure des composantes liées à la petite enfance, bien que celle-ci ne soit pas toujours une spécialisation distincte.
Comparabilité avec les exigences canadiennes
L’analyse des programmes camerounais en EPE révèle une proximité conceptuelle avec les approches francophone et anglophone en matière de pédagogie de base, de développement de l’enfant et d’intégration de stages pratiques.
Les programmes postsecondaires comme le CAPIEMP (13+2) sont généralement comparables à des formations collégiales canadiennes, tandis que les parcours universitaires peuvent correspondre à des diplômes de baccalauréat.
Des écarts peuvent toutefois être observés en ce qui concerne la standardisation des référentiels de compétences, la formalisation des heures de stage supervisé et la formation spécifique liée aux poupons et aux enfants de moins de 2 ans, éléments souvent explicitement exigés dans plusieurs cadres provinciaux canadiens.
Critères et obstacles à la reconnaissance
La reconnaissance des diplômes camerounais repose principalement sur l’évaluation de la durée totale de la formation, du volume horaire, de la structure des programmes et du nombre d’heures de stage supervisé. Une attention particulière est accordée au statut de l’établissement délivrant et au niveau d’entrée requis.
Parmi les principaux obstacles figurent la pluralité des autorités de certification, la coexistence de filières francophone et anglophone, ainsi que la variabilité des intitulés de diplômes. Des difficultés peuvent également découler de la présence de parcours multiples (postsecondaires et secondaires), de la documentation variable des formations et du fait que certains enseignants exercent sans qualification spécifique, particulièrement en milieu rural.
Bonnes pratiques et pistes de collaboration
Afin de faciliter la reconnaissance des diplômes et la mobilité professionnelle, il est recommandé de renforcer la normalisation des descriptifs de programmes, notamment par la production de plans de cours détaillés, de matrices de compétences et d’attestations de stages précisant la durée, le niveau d’encadrement et les groupes d’âge encadrés.
Le développement de partenariats institutionnels entre établissements camerounais de formation en petite enfance, organismes canadiens d’évaluation des diplômes et établissements postsecondaires pourrait favoriser une meilleure compréhension des standards respectifs. La mise en place de formations passerelles ciblées, de webinaires mixtes et d’échanges professionnels virtuels constituerait également une piste prometteuse pour réduire les écarts identifiés et pour accélérer les délais de reconnaissance.
5.3 Côte d’Ivoire 
Mise en contexte : culture, économie, politique
La Côte d’Ivoire se caractérise par une diversité culturelle et ethnique importante, avec le français comme langue officielle et de fortes traditions communautaires. Les valeurs de solidarité, de respect de la hiérarchie et de transmission intergénérationnelle jouent un rôle structurant dans les pratiques sociales et éducatives, notamment dans la prise en charge de la petite enfance.
Sur le plan économique, le pays présente l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, portée par l’agriculture, en particulier la filière cacao, ainsi que par le commerce, les services et les infrastructures. Les politiques de développement accordent une place croissante à la formation professionnelle et à l’amélioration de l’accès à l’éducation préscolaire.
Politiquement, la Côte d’Ivoire est une république présidentielle engagée dans un processus de consolidation institutionnelle. Les réformes récentes visent à renforcer la gouvernance, la stabilité et l’efficacité des politiques sociales, y compris dans les secteurs de l’éducation et de la protection de l’enfance.
L’accès à l’EPE demeure toutefois limité, avec des taux de scolarisation faibles et des disparités importantes entre milieux urbains et ruraux, ainsi qu’un manque d’enseignants qualifiés, ce qui influence directement la structuration des parcours de formation.
Terminologie
En Côte d’Ivoire, les termes certificat, brevet et diplôme recouvrent des niveaux de formation distincts au sein du système éducatif et de la formation professionnelle. Le baccalauréat désigne le diplôme national sanctionnant la fin des études secondaires et ouvrant l’accès à l’enseignement supérieur.
Les appellations utilisées par les centres publics, privés ou confessionnels peuvent varier, ce qui nécessite une interprétation rigoureuse lors des analyses d’équivalence internationales, notamment pour distinguer une qualification professionnelle d’ordre secondaire des diplômes postsecondaires.
Système de formation en EPE
La formation en EPE est offerte par un réseau d’établissements publics et privés, incluant des écoles normales d’instituteurs, des centres de formation professionnelle ainsi que des structures communautaires ou confessionnelles. Les programmes relèvent de différents ministères de tutelle, ce qui peut entraîner des variations dans la structuration des curricula, dans la durée des formations et dans la formalisation des stages supervisés.
Le cadre règlementaire vise une harmonisation progressive des certifications, mais des écarts subsistent entre les filières de formation académique (collégiale et universitaire) et professionnelles, notamment en ce qui concerne les référentiels de compétences, la standardisation des volumes horaires et la documentation des expériences pratiques.
La qualification professionnelle standard des enseignants en EPE est le Diplôme d’État d’éducateur préscolaire (DEP), dont l’admission exige le baccalauréat ou une qualification comparable ainsi que la réussite d’un examen d’entrée.
En pratique, une proportion importante d’intervenants en milieu préscolaire, notamment dans le secteur privé, ne détient pas toujours de qualification spécifique en petite enfance, ce qui reflète les contraintes structurelles du système.
Diplômes et certifications offerts
Diplôme d’État d’éducateur préscolaire (DEP)
Le DEP constitue la qualification principale en EPE. Le programme dure généralement trois ans, avec possibilité de réduction à deux ans selon le parcours antérieur. Il combine un enseignement théorique (pédagogie, psychologie de l’enfant, santé publique, activités éducatives) et des stages en situation réelle.
Ce diplôme est offert par l’Institut national supérieur de formation sociale (INSFS), principal établissement public spécialisé dans ce domaine, et est délivré par le ministère des Affaires sociales.
Diplôme d’État d’éducateur préscolaire adjoint (DEPA)
Ce programme de deux ans destiné aux personnes ayant un diplôme secondaire comprend des cours théoriques et des stages pratiques. Il permet, avec expérience, l’accès au DEP de niveau supérieur.
Programmes communautaires (Éducateur préscolaire communautaire – EPC)
Ces formations de courte durée (environ 3 mois) destinées à répondre aux pénuries d’enseignants, particulièrement en zones rurales, sont axées sur la pratique et sur l’insertion rapide en milieu préscolaire.
Comparabilité avec les exigences canadiennes
L’analyse des programmes ivoiriens en EPE met en évidence une proximité conceptuelle avec les approches francophones en matière de pédagogie de base, de développement de l’enfant et d’intégration de stages pratiques. Les formations professionnelles privilégient l’expérience terrain, tandis que les filières académiques offrent une base plus structurée en planification éducative et en gestion de classe.
Le DEP est généralement considéré comme équivalant à un baccalauréat de trois ans en EPE dans le contexte canadien, ce qui en fait le diplôme le plus favorable sur le plan de la reconnaissance.
Des écarts peuvent toutefois être observés en ce qui concerne la standardisation des référentiels de compétences, la formalisation des heures de stage supervisé et la formation spécifique liée aux poupons et aux enfants de moins de 2 ans, souvent explicitement exigées dans plusieurs cadres provinciaux canadiens.
Critères et obstacles à la reconnaissance
La reconnaissance des diplômes ivoiriens en EPE repose principalement sur l’évaluation de la durée totale de la formation, du volume horaire, de la structure des programmes et du nombre d’heures de stage supervisé. Une attention particulière est accordée au statut de l’établissement délivrant et au niveau d’entrée requis.
Parmi les principaux obstacles figurent la diversité des autorités de certification, la variabilité des intitulés de diplômes ainsi que la documentation incomplète des parcours de formation. Des difficultés peuvent également découler de l’existence de formations de courte durée ou non standardisées, ainsi que du manque de compétences spécifiques chez certains intervenants en milieu préscolaire.
Bonnes pratiques et pistes de collaboration
Afin de faciliter la reconnaissance des diplômes et la mobilité professionnelle, il est recommandé de renforcer la formalisation des programmes, notamment par la production de descriptifs de cours détaillés, de matrices de compétences et d’attestations de stages normalisées.
Le développement de partenariats institutionnels entre établissements ivoiriens de formation en petite enfance, organismes canadiens d’évaluation des diplômes et établissements postsecondaires pourrait favoriser une meilleure compréhension des standards respectifs. La mise en place de formations passerelles ciblées, de webinaires mixtes et d’échanges professionnels constituerait également une piste prometteuse pour réduire les écarts identifiés et pour accélérer les délais de reconnaissance.
5.4 France 
Mise en contexte : culture, économie, politique
La France se caractérise par une identité culturelle fortement structurée autour de la langue, de la laïcité et des valeurs républicaines, avec une place centrale accordée à l’éducation et à l’égalité d’accès aux services publics. Les politiques sociales et éducatives occupent une importance majeure, et la petite enfance est considérée comme une étape déterminante du développement, tant sur le plan éducatif que social.
Sur le plan économique, la France dispose d’une économie diversifiée reposant sur l’industrie, les services, l’agriculture et l’innovation. Le pays investit de façon importante dans la formation initiale et continue ainsi que dans la qualification de la main-d’œuvre afin de répondre aux besoins du marché du travail et de soutenir la qualité des services, notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation et de la petite enfance.
Politiquement, la France est une république semi-présidentielle caractérisée par un État central fort. Les cadres règlementaires nationaux encadrent la formation, la délivrance des diplômes, les référentiels de compétences et l’organisation des professions, ce qui favorise une homogénéité des standards sur l’ensemble du territoire, y compris pour les professions liées à la petite enfance.
Terminologie
En France, les termes suivants renvoient à des niveaux distincts de qualification :
- Le Certificat d’aptitude professionnelle – Accompagnant éducatif petite enfance (CAP AEPE) correspond à un diplôme professionnel de base, généralement obtenu après le secondaire et plutôt reconnu comme un diplôme d’études secondaires au Canada;
- Les diplômes d’État constituent des certifications professionnelles règlementées et reconnues nationalement;
- La licence désigne un diplôme universitaire de premier cycle, habituellement obtenu après trois années d’études postsecondaires;
- Le Bachelor universitaire de technologie (BUT) – Carrières sociales/parcours liés à l’intervention sociale est un diplôme français de l’enseignement supérieur offert principalement dans les Instituts universitaires de technologie, qui sont rattachés aux universités.
Cette terminologie est généralement plus proche des classifications utilisées au Canada, mais nécessite tout de même une interprétation rigoureuse, notamment pour distinguer les diplômes orientés vers l’accueil (soins et encadrement) de ceux centrés sur l’intervention éducative.
Système de formation en EPE
La formation en EPE en France s’inscrit dans un cadre fortement normé, reposant sur des diplômes nationaux et sur des référentiels de compétences. Elle est offerte par des établissements de formation professionnelle (centres agréés et instituts) et par des établissements postsecondaires (universités et instituts). Les programmes intègrent généralement des enseignements théoriques en développement de l’enfant, en pédagogie, en santé et sécurité, ainsi que des stages obligatoires en structures d’accueil (crèches, garderies, écoles maternelles, services de protection maternelle et infantile).
L’école maternelle constitue une composante intégrée du système scolaire et est obligatoire pour les enfants de 3 à 6 ans, avec un taux de fréquentation très élevé. Les établissements, majoritairement publics, doivent respecter des exigences pédagogiques nationales uniformes, y compris en ce qui concerne la qualification du personnel enseignant.
Ce cadre national standardisé facilite la lecture des parcours de formation et la comparaison internationale, notamment grâce à la documentation disponible sur les compétences attendues et sur les exigences de certification.
Diplômes et certifications offerts
Certificat d’aptitude professionnelle – Accompagnant éducatif petite enfance (CAP AEPE)
Ce diplôme professionnel est centré sur l’accueil et sur l’accompagnement du jeune enfant, incluant des compétences en hygiène, en sécurité, en développement de l’enfant et en activités d’éveil. Il comprend une composante de formation pratique et environ 14 semaines de stages obligatoires. La durée varie généralement entre 9 mois et 2 ans, selon le parcours de formation.
Diplôme d’État d’auxiliaire de puériculture (DEAP)
Ce diplôme d’État est axé sur les soins, sur l’accompagnement et sur la prévention, incluant l’intervention auprès de jeunes enfants, notamment en contexte de santé et de structures d’accueil. Il comprend une formation théorique et des stages supervisés, généralement sur une durée d’environ un an.
Diplôme d’État d’éducateur de jeunes enfants (DEEJE)
Ce diplôme d’État postsecondaire est centré sur l’intervention éducative, sur le développement global de l’enfant, sur le partenariat avec les familles et sur la conception de projets pédagogiques. Le programme dure généralement trois ans (180 crédits ECTS) et comprend environ 1 500 heures de formation théorique et 2 100 heures de stage réparties sur plusieurs milieux.
Bachelor universitaire de technologie (BUT) – Carrières sociales/parcours liés à l’intervention sociale
Cette formation postsecondaire structurée inclut des enseignements en sciences humaines, en intervention, en méthodologie et en pratique professionnelle. La pertinence pour l’EPE dépend du parcours suivi et des stages réalisés auprès de jeunes enfants.
Licence et licence professionnelle – Sciences de l’éducation/métiers de la petite enfance
Ces diplômes universitaires offrant une base théorique en pédagogie, en psychologie du développement et en politiques éducatives sont parfois complétés par une spécialisation en petite enfance et par des stages. La pertinence dépend des modules choisis et du niveau de pratique supervisée.
Master en Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation (MEEF) – Professorat des écoles (enseignement préscolaire)
Ce diplôme de deuxième cycle universitaire requis pour enseigner dans les écoles maternelles publiques comprend deux années d’études après licence et est complété par un concours national : le Concours de recrutement des professeurs des écoles (CRPE).
Comparabilité avec les exigences canadiennes
L’examen des contenus de formation français révèle une proximité conceptuelle avec les approches canadiennes, notamment en matière de pédagogie, de développement de l’enfant, d’inclusion et de structuration des stages.
Les diplômes d’État, en particulier, se distinguent par des référentiels de compétences détaillés et par des exigences de stage clairement documentées, ce qui facilite l’analyse d’équivalence. Le DEEJE est généralement le plus reconnu comme équivalant à un programme postsecondaire canadien, tandis que le CAP AEPE et le DEAP sont souvent considérés comme une qualification d’ordre secondaire ou professionnel de base.
Des écarts peuvent toutefois apparaître selon les provinces/territoires canadiens, notamment en lien avec certaines exigences spécifiques (ex. : santé et sécurité, règlementation locale, premiers soins, pédagogie des poupons et très jeunes enfants) ou selon la distinction entre professions orientées vers les soins versus l’intervention éducative.
Critères et obstacles à la reconnaissance
La reconnaissance des diplômes français en EPE repose principalement sur l’analyse de la durée totale de la formation, du niveau de qualification, du volume et du type de stages supervisés, ainsi que de la correspondance entre les référentiels de compétences et les exigences provinciales/territoriales canadiennes.
Parmi les obstacles possibles figurent la différence de structuration des professions (soins vs éducation), les écarts entre diplômes professionnels (ex. : CAP) et diplômes postsecondaires (ex. : DEEJE et licence) ainsi que la nécessité de démontrer des compétences exigées localement. Dans certains cas, la reconnaissance peut être conditionnelle à des formations complémentaires, à la validation d’heures de stage ou à la preuve d’expérience récente en milieu de garde.
Bonnes pratiques et pistes de collaboration
Afin de faciliter la reconnaissance et la mobilité professionnelle, il est recommandé de fournir systématiquement des descriptifs de cours détaillés, des référentiels de compétences ainsi que des attestations de stages normalisées précisant la durée, le niveau d’encadrement et les groupes d’âge concernés.
Le développement de partenariats entre établissements français de formation en petite enfance, organismes canadiens d’évaluation des diplômes et établissements postsecondaires pourrait soutenir une meilleure compréhension des standards respectifs. La mise en place de formations passerelles, de webinaires mixtes et de mécanismes d’échange d’informations contribuerait à réduire les délais, à sécuriser les analyses d’équivalence et à favoriser l’intégration professionnelle.
5.5 Maroc 
Mise en contexte : culture, économie, politique
Le Maroc se caractérise par une identité culturelle plurielle, issue des héritages amazigh, arabe, andalou et africain, où la langue, la religion et la famille jouent un rôle structurant dans la vie sociale. Les valeurs d’hospitalité, de respect de l’autorité et de cohésion communautaire influencent les pratiques éducatives et la transmission des savoirs dès la petite enfance.
Sur le plan économique, le pays présente une économie diversifiée et en modernisation, reposant sur l’agriculture, le tourisme, l’industrie manufacturière, les services et les investissements étrangers. Les politiques publiques récentes mettent l’accent sur le développement du capital humain, sur la formation professionnelle et sur l’amélioration de la qualité des services éducatifs, y compris au préscolaire.
Politiquement, le Maroc est une monarchie constitutionnelle dans laquelle le roi joue un rôle central dans l’orientation stratégique et les réformes majeures. Le cadre institutionnel favorise la stabilité et la mise en œuvre de politiques sectorielles, notamment en matière d’éducation et de protection sociale, dans un contexte de réformes continues visant à renforcer l’accès, la qualité et la gouvernance du système éducatif.
Le pays présente toutefois un taux de participation à l’EPE relativement faible (29,8 % en 2024) et fait face à une pénurie importante de personnel enseignant qualifié en formation initiale des éducatrices et éducateurs à la petite enfance, ce qui influence directement la structuration et la diversité des parcours de formation.
Terminologie
Au Maroc, les termes suivants renvoient à des niveaux distincts de qualification :
- Bachelier : Désigne généralement l’étudiante ou l’étudiant ayant obtenu le baccalauréat, diplôme national sanctionnant la fin des études secondaires et donnant accès à l’enseignement supérieur. Ce terme diffère de l’usage canadien, où il renvoie plutôt à un diplôme postsecondaire;
- Licence d’éducation : Qualification de base pour l’enseignement public, remplaçant progressivement les programmes de cycle court;
- Certificat de qualification pédagogique (CQP) : . Certification professionnelle postsecondaire délivrée dans le cadre de la formation des enseignants et des intervenants éducatifs. le CQP ne correspond pas nécessairement à un diplôme universitaire complet. Son niveau et sa reconnaissance varient selon plusieurs critères tels que la durée du programme, le nombre d’heures de stage et la spécialisation suivie.
Système de formation en EPE
La formation des éducatrices et éducateurs au Maroc a été renforcée et professionnalisée au cours des dernières années. La formation en EPE est offerte par des établissements publics et privés, sous la supervision ou l’agrément des autorités éducatives nationales. Elle est notamment dispensée par l’Institut royal de formation des cadres (IRFC), en collaboration avec la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Mohammed V.
Des programmes sont également proposés par des centres de formation spécialisés, tels que le Centre Al Manar, qui offre des parcours d’une durée d’un à deux ans, en présentiel ou en distanciel, ainsi que par l’Institution Tahar Sebti (ITS), dont la mission est de renforcer l’offre de formations certifiantes dans le secteur de la petite enfance.
Les réformes introduites en 2018 ont renforcé la professionnalisation du secteur en instaurant la licence d’éducation comme qualification de base pour l’enseignement public, remplaçant progressivement les programmes de cycle court. Les enseignants doivent également obtenir le Certificat de qualification pédagogique (CQP) de deux ans incluant une formation théorique et un stage supervisé en milieu scolaire.
Toutefois, une proportion importante d’éducateurs, particulièrement dans le secteur privé, continue de détenir une qualification professionnelle de cycle court, ce qui reflète les écarts de structuration du système.
Diplômes et certifications offerts
Licence d’éducation/Licence professionnelle en éducation des jeunes enfants
Ce diplôme postsecondaire de trois ans (six semestres) est offert dans les écoles normales supérieures et dans certaines universités. Il comprend des cours en pédagogie, en développement de l’enfant et en gestion éducative, ainsi que des stages obligatoires.
Certificat de qualification pédagogique (CQP)
Cette formation postuniversitaire de deux ans est requise pour enseigner dans le secteur public. Elle combine un enseignement théorique et une pratique supervisée en milieu scolaire.
Diplômes de cycle court – Éducatrice de jeunes enfants/éducatrice spécialisée en petite enfance
Ces programmes d’environ deux ans après le baccalauréat sont offerts par des instituts privés et par des centres de formation professionnelle. Ils comprennent une formation théorique et des stages pratiques, et sont particulièrement répandus dans le secteur privé.
Programmes spécialisés (Centre Al Manar, ITS et autres)
Ces programmes variés combinent formation théorique, technique et pratique, avec une forte composante de stages et une orientation vers l’inclusion et l’intervention en milieux diversifiés.
Comparabilité avec les exigences canadiennes
L’examen des contenus de formation et des modules pédagogiques révèle une proximité conceptuelle avec les approches utilisées en France et au Canada, notamment en ce qui concerne la pédagogie, l’évaluation du développement de l’enfant et la structuration des stages. Les programmes se distinguent par une forte composante théorique et pratique.
Les diplômes de cycle court de deux ans sont généralement comparables à un diplôme collégial canadien de deux ans, tandis que la licence d’éducation correspond à un baccalauréat canadien (trois ou quatre ans) selon l’établissement. Le CQP peut être assimilé à une qualification de cycle supérieur, comparable à une maîtrise dans certains contextes d’évaluation.
Des écarts peuvent toutefois être observés, notamment en ce qui concerne la formation spécifique liée aux poupons et aux enfants de moins de 2 ans, qui constitue souvent un critère renforcé dans plusieurs provinces/territoires canadiens.
Critères et obstacles à la reconnaissance
La reconnaissance des diplômes marocains en EPE repose principalement sur l’analyse de la durée totale de la formation, du volume horaire, de la structure des programmes et de la proportion de stages supervisés en milieu d’accueil. Les organismes d’évaluation accordent une attention particulière au statut de l’établissement de formation ainsi qu’à la clarté des référentiels de compétences et des résultats d’apprentissage.
Parmi les principaux obstacles identifiés figurent la diversité des parcours de formation, la coexistence de certifications publiques et privées aux niveaux variables de standardisation, ainsi que les écarts terminologiques entre les appellations des diplômes marocains et les catégories utilisées au Canada. Des difficultés peuvent également survenir en raison de la documentation incomplète des stages et de la persistance de diplômes de cycle court dans le secteur privé.
Bonnes pratiques et pistes de collaboration
Afin de faciliter la reconnaissance des diplômes et la mobilité professionnelle, il est recommandé de renforcer la formalisation des programmes par la production de descriptifs de cours détaillés, de grilles de compétences et d’attestations normalisées de stages supervisés.
Le développement de partenariats institutionnels entre établissements marocains de formation en petite enfance, organismes canadiens d’évaluation ou établissements postsecondaires pourrait favoriser une meilleure compréhension des standards respectifs. La mise en place de protocoles d’échange d’informations, de webinaires mixtes et de formations passerelles ciblées constituerait également une piste prometteuse pour réduire les écarts identifiés et pour accélérer les délais de reconnaissance.
5.6 Tunisie 
Mise en contexte : culture, économie, politique
La Tunisie se caractérise par une identité culturelle méditerranéenne et arabe marquée par une forte valorisation de l’éducation, de la transmission des savoirs et du rôle social de la famille. L’éducation est historiquement considérée comme un levier central de développement social et économique, ce qui se reflète dans les politiques publiques et les investissements en formation.
Sur le plan économique, le pays repose sur une économie diversifiée combinant les services, le tourisme, l’agriculture et l’industrie manufacturière. Les enjeux liés à l’employabilité et à la qualité des services sociaux ont renforcé l’importance accordée à la formation professionnelle, notamment dans les secteurs éducatifs et sociaux.
Politiquement, la Tunisie a connu des transformations institutionnelles majeures depuis 2011, influençant la gouvernance et la mise en œuvre des politiques publiques. Dans ce contexte, le secteur de l’éducation, incluant la petite enfance, fait l’objet de réformes visant à améliorer l’accès, la qualité et la professionnalisation des intervenants.
Le taux de participation à l’EPE est en progression, mais demeure inférieur à celui observé dans les pays européens, avec des disparités régionales et une offre de services encore inégale entre milieux urbains À et ruraux.
Terminologie
En Tunisie, le terme baccalauréat désigne le diplôme national sanctionnant la fin des études secondaires et donnant accès à l’enseignement supérieur. Les termes brevet de technicien professionnel (BTP), brevet de technicien supérieur (BTS) et licence renvoient à des niveaux distincts de formation postsecondaire.
Cette terminologie diffère partiellement des classifications canadiennes, ce qui nécessite une interprétation rigoureuse dans les analyses d’équivalence, notamment pour distinguer les formations techniques des formations universitaires.
Système de formation en EPE
La formation en EPE est offerte par des établissements publics et privés relevant à la fois du système universitaire et de la formation professionnelle. Les universités proposent des programmes en sciences de l’éducation, tandis que les centres de formation professionnelle offrent des parcours techniques orientés vers l’intervention en milieu préscolaire.
Le système tunisien se caractérise par une coexistence de filières universitaires et professionnelles, avec des niveaux de standardisation variables. Les programmes universitaires sont généralement mieux structurés et documentés, tandis que les formations professionnelles présentent une plus grande diversité en matière de contenu, de durée et de qualité des stages.
Bien que la professionnalisation du secteur soit en progression, une proportion significative d’intervenants en milieu préscolaire, notamment dans le secteur privé, ne détient pas toujours une formation spécialisée complète en EPE.
Diplômes et certifications offerts
Licence appliquée en sciences de l’éducation/petite enfance
Ce diplôme universitaire de trois ans combine formation théorique (pédagogie, psychologie du développement, didactique) et stages obligatoires en milieu éducatif. Il constitue le parcours le plus structuré et favorable pour une reconnaissance internationale.
Brevet de technicien supérieur (BTS)
Cette formation postsecondaire technique est axée sur les compétences pratiques et sur l’intervention éducative. Elle comprend des stages supervisés et prépare à une insertion rapide en milieu professionnel.
Diplôme d’éducateur de l’enfance (programme progressivement abandonné)
Ce diplôme, auparavant offert notamment par l’Université de Carthage et par d’autres établissements universitaires, constituait une formation postsecondaire de deux ans après le baccalauréat (Bac+2). Il présentait une structure et un niveau comparables à ceux du BTS, incluant des composantes théoriques et pratiques en EPE. Ce programme semble toutefois avoir été progressivement abandonné ou remplacé dans le cadre des réformes du système de formation, mais peut encore être rencontré dans le profil de certaines personnes formées antérieurement.
Brevet de technicien professionnel (BTP)
Ce programme de formation professionnelle vise l’acquisition de compétences techniques de base en éducation préscolaire, incluant des stages en milieu d’accueil.
Certificat d’aptitude à l’éducation préscolaire
Cette formation qualifiante de durée variable, souvent orientée vers la pratique et l’animation pédagogique, constitue généralement un niveau d’entrée dans le secteur.
Comparabilité avec les exigences canadiennes
Les programmes tunisiens présentent une proximité conceptuelle avec les approches francophones, notamment en matière de pédagogie et de développement de l’enfant.
La licence appliquée est généralement comparable à un baccalauréat canadien de trois ou quatre ans, selon l’établissement d’enseignement ayant délivré le diplôme. Les licences obtenues auprès d’universités publiques sont plus susceptibles d’être évaluées comme des diplômes de quatre ans, tandis que celles issues d’autres établissements peuvent être assimilées à des programmes de trois ans.
Le BTS et les diplômes équivalents de niveau Bac+2, incluant l’ancien Diplôme d’éducateur de l’enfance, correspondent généralement à un diplôme collégial canadien de deux ans. Les certifications de niveau inférieur sont plus difficiles à positionner et nécessitent souvent une évaluation individualisée.
Des écarts peuvent toutefois être observés en ce qui concerne la standardisation des programmes, la documentation des stages et la formation spécifique liée aux poupons, souvent exigées dans les provinces/territoires canadiennes.
Critères et obstacles à la reconnaissance
La reconnaissance des diplômes tunisiens repose principalement sur l’analyse de la durée de la formation, du volume horaire, de la structure des programmes et du nombre d’heures de stage supervisé. Une attention particulière est accordée au statut de l’établissement et au niveau d’entrée requis.
Parmi les principaux obstacles figurent la coexistence de formations universitaires et professionnelles, la variabilité des standards entre établissements ainsi que la documentation parfois incomplète des parcours de formation. Des écarts peuvent également exister en matière de formation spécifique aux poupons et aux très jeunes enfants.
Bonnes pratiques et pistes de collaboration
Afin de faciliter la reconnaissance des diplômes, il est recommandé de renforcer la formalisation des programmes, notamment par la production de descriptifs de cours détaillés, de référentiels de compétences et d’attestations de stages normalisées.
Le développement de partenariats entre établissements tunisiens et organismes canadiens permettrait d’améliorer la compréhension des standards et de faciliter les processus d’équivalence. La mise en place de formations passerelles ciblées, de webinaires mixtes et de mécanismes d’échange d’informations constituerait également une piste prometteuse.