Étude sur la reconnaissance des diplômes francophones internationaux en petite enfance pour travailler en contexte minoritaire au Canada

Sections de l'étude

Cette étude met en lumière un constat central : malgré l’existence de mécanismes de reconnaissance des diplômes étrangers en EPE au Canada, leur diversité, leur complexité et leur variabilité d’une province et d’un territoire à l’autre constituent un frein important à l’intégration rapide et efficace des personnes formées à l’international.

Réalisée dans le cadre du projet porté par la Commission nationale des parents francophones (CNPF), cette étude s’inscrit dans une démarche structurée en trois phases visant à renforcer le recrutement international et l’intégration de la main-d’œuvre en petite enfance dans les communautés francophones en situation minoritaire.

S’appuyant sur l’analyse de six pays ciblés – la Belgique, le Cameroun, la Côte d’Ivoire, la France, le Maroc et la Tunisie – ainsi que sur les résultats de sondages menés auprès des associations et des services de garde, elle a permis de documenter de manière concrète les réalités du terrain, les besoins des employeurs et les défis rencontrés dans les démarches de reconnaissance.

Dans un contexte de pénurie persistante de main-d’œuvre qualifiée, l’enjeu dépasse désormais la simple identification de bassins de recrutement : il repose sur la capacité des systèmes à reconnaître, intégrer et valoriser efficacement les compétences acquises à l’international, dans une perspective cohérente, équitable et adaptée aux réalités des communautés.

L’amélioration de la reconnaissance des diplômes en EPE repose moins sur la création de nouveaux mécanismes que sur la structuration, l’harmonisation et la mise en cohérence des pratiques existantes, appuyées par une meilleure connaissance des systèmes de formation des pays partenaires et des besoins des employeurs.

7.1 Synthèse des apprentissages

  • Les cadres de reconnaissance en EPE au Canada présentent une hétérogénéité importante, tant en ce qui concerne les exigences, les processus que les délais et les coûts;
  • Les résultats des sondages confirment que la reconnaissance des diplômes constitue le principal obstacle au recrutement international, aggravé par le manque de clarté, de cohérence et d’accessibilité de l’information;
  • Les pays ciblés offrent des formations structurées, pertinentes et souvent comparables aux exigences canadiennes, mais celles-ci demeurent encore insuffisamment reconnues ou comprises dans les processus d’évaluation;
  • Les employeurs démontrent une forte volonté de recruter à l’international, mais expriment un besoin clair d’outils pratiques, de repères et d’accompagnement;
  • Les initiatives existantes en matière de reconnaissance et de mobilité démontrent un potentiel significatif, mais nécessitent une meilleure coordination et une mise à l’échelle.

7.2 Résumé des pays ciblés

L’analyse des six pays retenus met en évidence des profils de formation distincts, chacun présentant des atouts spécifiques pour le recrutement international en EPE :

Belgique : Système structuré et normé, avec des formations reconnues et une forte composante pédagogique, généralement bien alignées avec les exigences canadiennes;

Cameroun : Parcours de formation variés, souvent complétés par une expérience significative sur le terrain, mais avec des défis liés à la reconnaissance formelle des diplômes;

Côte d’Ivoire : Bassin de candidates et candidats ayant des profils diversifiés et une expérience pratique pertinente, nécessitant de l’accompagnement accru dans les processus d’évaluation;

France : Offre de formations diversifiée et bien établie, avec des diplômes spécialisés en petite enfance et une reconnaissance relativement favorable dans plusieurs provinces et territoires;

Maroc : Programmes en développement combinant formation théorique et expérience pratique, avec un fort potentiel d’intégration en milieu francophone;

Tunisie : Formations structurées avec des bases pédagogiques solides, mais nécessitant parfois des ajustements pour répondre aux exigences spécifiques canadiennes.

Dans l’ensemble, ces pays constituent des bassins de recrutement complémentaires offrant un potentiel significatif pour répondre aux besoins en main-d’œuvre, sous réserve d’une meilleure structuration des mécanismes de reconnaissance.

7.3 Étapes suivantes

Cette étude constitue une base structurante pour la mise en œuvre des autres phases du projet de la CNPF, qui visent à transformer les constats et analyses en outils concrets au service des employeurs et des partenaires du secteur de l’EPE, dont :

  • Un guide à l’intention des employeurs francophones du Canada;
  • Une charte de bonne conduite.


L’analyse des diplômes délivrés à l’étranger en EPE s’est révélée, au fil de cette étude, un exercice particulièrement complexe pour deux raisons principales :

  • Les systèmes de formation varient considérablement d’un pays à l’autre, parfois même d’un établissement à l’autre au sein d’un même pays;
  • Les critères de reconnaissance diffèrent également d’une province ou d’un territoire à l’autre, et peuvent évoluer dans le temps.


Par conséquent, ce constat invite à une grande prudence dans l’utilisation des repères proposés par le guide à l’intention des employeurs francophones du Canada, qui est fondé sur les résultats de la présente étude. Le fait qu’un diplôme délivré par un établissement précis ait déjà été associé à un niveau de reconnaissance donné dans une province ou un territoire ne garantit pas qu’il en sera de même pour une autre personne candidate, même titulaire d’un diplôme identique. Chaque demande de certification est évaluée individuellement par l’autorité compétente, en fonction du dossier soumis et des critères applicables au moment de la demande. Les employeurs et les personnes candidates seront donc invités à faire preuve de vigilance et à considérer les repères du guide comme des indications générales destinées à orienter la démarche de recrutement, et non comme une confirmation du résultat d’une demande de certification.

Le guide propose ainsi des repères généraux, fondés sur les positions des organismes reconnus d’évaluation des diplômes et sur les analyses de la présente étude, afin d’aider les employeurs à mieux comprendre les profils de formation rencontrés et à structurer leurs démarches de recrutement international.

En complément, une charte de bonne conduite s’ajoute au guide afin d’encadrer les pratiques de recrutement international dans une perspective éthique, responsable et durable. Cette charte vise notamment à :

  • Promouvoir des pratiques respectueuses des personnes candidates et des pays sources;
  • Encourager une collaboration transparente entre les employeurs, les partenaires et les institutions;
  • Soutenir une intégration professionnelle réussie et inclusive.


Ces outils – le guide et la charte – viennent consolider les acquis de cette étude et contribueront à structurer, à moyen terme, une approche plus cohérente, transparente et efficace du recrutement international en EPE au Canada.

Cette étude et les outils qui en découlent s’inscrivent dans une volonté de renforcer durablement les capacités de recrutement et d’intégration des services de garde francophones au Canada. En favorisant une meilleure reconnaissance des compétences acquises à l’international, ils contribuent non seulement à répondre aux besoins en main-d’œuvre, mais également à soutenir la vitalité, la diversité et la pérennité des communautés francophones en situation minoritaire.

Enfin, nous souhaitons renouveler nos sincères remerciements aux collaborateurs et partenaires mentionnés dans la section Remerciements au début de document. La contribution des expertes et experts de terrain a été déterminante dans la réalisation de cette étude.